C’est la série documentaire de ce début d’année : Merci Internet. Sortie sur la plateforme de streaming Prime Video, elle raconte l’aventure sur YouTube (et ailleurs) du plus connu en France : Squeezie, ou Lucas Hauchard. Elle vise à tout raconter, ou presque, et se dévore très (trop) rapidement.

Synopsis de Merci Internet

« A 27 ans, Lucas Hauchard alias Squeezie est le premier vidéaste de France avec plus de 18 millions d’abonnés sur Youtube. Depuis des débuts dans sa chambre d’ado, jusqu’au GP explorer, il est devenu l’icône d’une génération. Son ami et réalisateur Théodore l’a filmé au cours de toutes ses aventures et nous dresse le portrait intime et touchant d’un jeune geek devenu n°1 du pays. »

Squeezie, c’est d’abord un éternel insatisfait

Merci Internet semble assez inspiré de Montre jamais ça à personne, qui suivait deux saisons durant la carrière du rappeur Orelsan. Preuve s’il en est que les deux séries ont été publiées sur la même plateforme de streaming. Alors on montre que Squeezie, comme Orelsan, est un grand travailleur. Que depuis qu’il est adolescent, il s’efforce à faire des vidéos, à les travailler. D’un autre côté, ce que la série montre bien, c’est à quel point il a réussi à se renouveler dans ses formats, dans son contenu. Podcasts, jeux vidéo, feat and fun comme dirait un certain Joueur du grenier, vidéos réaction, vidéos « activité manuelle », vlog, vidéos divertissement, vidéos histoires, threads horreur, etc. Tout part d’un concept : « Qui est l’imposteur », « Y’a quoi derrière la porte ? », « Oueskilé », etc. De la caméra HD qui était ce qu’on voyait de mieux sur YouTube au début des années 2010 aux productions dignes de la télévision avec des budgets à plusieurs centaines de milliers d’euros, l’évolution est là. On revient aussi sur les énormes projets : Overwatch Rap Battle, Time Time, les deux éditions du GP Explorer ou encore Gentle Mates plus récemment.

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Sauf qu’avec le travail acharné vient le revers de la médaille. Et c’est ce que la série montre assez en longueur : la relation « toxique » au travail, comme peut l’avoir Léna Situations. Jusqu’au burn-out, et Merci Internet a l’audace de montrer Lucas Hauchard à l’hôpital après une intoxication alimentaire.

Merci Internet, mais non merci la célébrité et la pression

L’autre revers de la médaille d’être le numéro sur YouTube en France, c’est la célébrité. Et la violence de la célébrité est retransmise lorsque Squeezie est… en vacances. Pour évacuer la pression due à son métier, on le voit en road-trip avec Florent Hauchard, son frère, ainsi que Théodore Bonnet, son réalisateur. On le voit se faire accoster à plusieurs reprises, mais surtout enchaîner les photos, jusqu’à plusieurs dizaines.

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La célébrité et le travail aussi tôt dans une vie d’un jeune adulte, c’est aussi la non-existence de la vie d’un jeune adulte. Les amis, les études supérieures, les premières soirées : ce que racontent les proches du youtuber, c’est qu’il n’a jamais connu tout ça. Et c’est pour cela qu’une fois bien installé, il part en vacances et c’est quelque chose d’incroyable pour lui. « Je suis le gars le plus normal man au monde, mais j’ai la vie la plus extraordinaire que je pouvais avoir, la plus dingue que je pouvais avoir ». C’est dans cette phrase que Squeezie parle de lui-même dans Merci Internet.

Dans l’intimité de Squeezie : ce qu’on n’a jamais vu sur YouTube

Et sa famille. S’il a une relation importante avec son frère, et avec son père, ça l’est un peu moins avec sa mère. Pourtant, eux trois témoignent tout au long de la série. Si l’on voit déjà régulièrement le frère, on n’avait jamais vraiment vu les parents de Squeezie.

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Les témoignages sont d’ailleurs parfois durs, notamment celui de sa mère. Elle raconte qu’elle ne le voit que très peu, qu’il y a eu des tensions avec son fils. C’est la partie du documentaire sans doute la plus intimiste car la plus éloignée de ce que montre Squeezie sur sa chaîne YouTube, et c’est sans doute là l’intérêt le plus important de Merci Internet.

Ce que ne dit pas Merci Internet

Bien sûr que Merci Internet parle de Cyprien. Alors qu’il était le premier youtuber en France, il crée la chaîne Cyprien Gaming avec Squeezie. C’est ce qui lui a permis de devenir le mentor de Lucas Hauchard et il semble lui avoir apporté beaucoup, des mots mêmes de son disciple. Depuis près de deux ans pourtant, on sait qu’ils n’ont plus aucune relation : elle semble loin l’époque où ils se taquinaient sur les réseaux sociaux. C’est sans doute pour cela qu’il n’intervient pas dans la série, mais qu’on ne le voit témoigner que via d’anciennes interviews. Si on comprend le début de leur relation (qu’on connaissait déjà très bien), on n’en connaît pas la fin. Une autre personnalité qui semble « rayée » du documentaire, c’est Luciole, de son vrai nom Laurène Arnoux. Elle était jusqu’à il y a quelques années la directrice artistique de Squeezie et apparaissait régulièrement dans ses vidéos. Il n’y a probablement rien à dire et ça doit rester du privé si c’est voulu, mais c’est à noter. Le documentaire ne parle pas non plus des deux éditions du Z Event auxquelles Squeezie a participé, ce qui est dommage. Ç’aurait été un moyen facile de créer de l’émotion, de rappeler la potentielle « utilité » des youtubers au-delà du simple divertissement.

Parmi les personnes qu’on voit, mais qu’on ne nous montre pas, il y a sa partenaire de vie, Chloé Gervais, influenceuse. Selon les rumeurs, ils seraient en couple depuis plusieurs années, mais ne se sont jamais présentés officiellement. Cela aurait pu être un angle intéressant, mais Merci Internet n’en a pas fait le choix.

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Autre chose qui n’est probablement pas suffisamment abordée, c’est la place de Bump et d’UNFOLD. C’est l’agence d’influenceurs et la société de productions de Squeezie. Certes, le documentaire raconte comment le youtuber a quitté Webedia (à cause de différends et d’envie d’indépendance) et pourquoi il a créé Bump. Cependant, on nous donne l’impression qu’il s’agit d’une petite agence, à taille humaine. Pourtant, plusieurs dizaines de personnes y travaillent (sans compter les freelances qui peuvent collaborer avec dans diverses missions) : même chose chez UNFOLD. En quelques années, Bump est devenu un mastodonte de l’industrie de l’influence, avec énormément de noms importants en France qui y sont : globalement tous les « amis » du vidéaste star.

Finalement, si Squeezie a réussi sa carrière sans s’empêtrer dans de vives polémiques (celle sur les opinions politiques de son monteur n’avaient pas pris par exemple), c’est peut-être parce qu’il est l’un de ceux qui arrivent le mieux à contrôler leur image. En témoigne son portrait dans Le Monde par Vincent Manilève, qui souhaitait interroger ses proches. Pourtant, le journaliste raconte avoir eu du mal à trouver des personnes acceptant de répondre à ses questions : « En dépit de l’image de normalité qu’il est parvenu à cultiver, le poids actuel de ce pionnier du Web et le contrôle corseté de son image rendent, paradoxalement, difficile d’accès le visage le plus connu de l’Internet français ». Ce portrait très précis montre aussi certaines situations qui n’ont jamais été beaucoup médiatisées et qui pourraient avoir tout intérêt à l’être.