Depuis quelques jours, un mouvement sur les réseaux sociaux prend de l’ampleur en France : « On bloque l’extrême droite », revendiquent ceux qui y prennent part. L’objectif : paralyser la visibilité des comptes associés à l’extrême droite sur les réseaux sociaux en les bloquant. Une stratégie mise en place dans le cadre de la campagne présidentielle 2027 où Marine Le Pen et Éric Zemmour sont candidats.
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« On bloque l’extrême droite » : d’où vient ce mouvement sur les réseaux ?
Ce mouvement s’est diffusé à partir du lundi 26 octobre 2026 conjointement sur X, TikTok Instagram et Facebook, sous les hashtags #OnBloqueLExtremeDroite et #BloquonsLextremeDroite. Il émerge à six mois de l’élection présidentielle française, alors que le Rassemblement national de Marine Le Pen est donné favori dans certains sondages.
L’idée est directement inspirée d’une stratégie brésilienne liée à la réélection de Luiz Inácio Lula da Silva le 25 octobre 2026. Son conseiller numérique André Janones avait animé une boucle WhatsApp, « l’armée de Lula », rassemblant selon la presse environ 10 millions d’abonnés, pour promouvoir massivement les contenus favorables à Lula et éviter de donner de l’engagement aux publications adverses.
Tout semble notamment parti d’une vidéo publiée par le média indépendant Blik, dont la personne qui l’anime est anonyme. Résultat : 850 000 vues sur TikTok, et surtout 6,8 millions sur Instagram. Une vidéo reprise par plusieurs comptes populaires sur les réseaux sociaux, essentiellement politiques ou non, comme l’influenceur Arkunir. Avec en outre un appel à s’abonner à des médias d’information jugés critiques par rapport à l’extrême droite.
Pourquoi bloquer les comptes d’extrême droite sur les réseaux sociaux ?
Tout repose sur un principe simple : les algorithmes des réseaux sociaux valorisent l’engagement, sans distinguer un commentaire de soutien d’une réponse critique. Ainsi, répondre, citer ou repartager une publication, même pour la réfuter, contribue à sa diffusion. TikTok peut permettre de remporter une élection, alors autant éviter que ces idées se propagent, pour les militants.
C’est pourquoi les participants du mouvement On bloque l’extrême droite sont invités à bloquer les comptes associés à l’extrême droite, notamment des figures du RN, d’Éric Zemmour, de Reconquête, ainsi que des médias comme CNews ou Frontières. Ils doivent aussi ne plus commenter, citer ou repartager leurs publications, y compris pour les débunker. Enfin, ils sont conviés à diffuser massivement des contenus politiques alternatifs ou de presse.
Des sites nommés On bloque l’extrême droite qui affichent déjà des millions de blocages
Pour encourager les internautes de gauches et d’autres bords politiques à se joindre au mouvement et à agir concrètement, plusieurs sites ont été mis en place très rapidement, avec le même nom : On bloque l’extrême droite.
Le premier a été développé à l’aide de Claude Code par quelqu’un d’anonyme, Un Facho KO. Le fonctionnement est simple : les comptes sont catégorisés selon les réseaux sociaux (X, Instagram, Facebook, TikTok et YouTube) et par type (politiques, médias, influenceurs). On clique sur ce qui nous intéresse et le site met un lien vers le compte, qu’on peut bloquer. Une fois que c’est fait, on clique sur « Déjà bloqué » et ça passe au suivant. En quelques jours, le site revendique déjà plus de 11 millions de blocages déclarés par ses utilisateurs. Et la liste peut être enrichie sur les propositions de ces derniers. Ainsi, Marine Le Pen aurait été bloquée sur X par plus de 1,5 millions d’internautes en trois jours.

Le second repose sur un fonctionnement tout à fait similaire : il a été lancé par le média militant Mise au Poing. Pour le moment, il revendique près de 800 000 blocages et a un système un peu plus gamifié. En outre, il propose une greenlist en invitant à s’abonner à des comptes : personnalités (dont des personnalités politiques, essentiellement issues ou proches de La France Insoumise), influenceurs « gauchiasses », organisations ou médias.
Une stratégie de bataille numérique qui fonctionne ? Vraiment pas pour tout le monde
Le mouvement On bloque l’extrême droite arrive pourtant avec son lot de critiques, y compris des sympathisants de gauche. En effet, ses effets peuvent être limités : bloquer un compte peut réduire l’exposition personnelle d’un utilisateur, mais cela ne supprime pas le contenu pour les autres internautes et ne garantit pas une baisse de portée globale. D’autant plus que de là à aller influencer le scrutin présidentiel, on en est loin. Mais cette stratégie numérique n’est qu’une parmi bien d’autres dans cette campagne à l’élection présidentielle.

D’ailleurs, l’instigateur de l’armée de Lula André Janones lui-même a contesté cette transposition française de son mot d’ordre. Selon lui, il n’a jamais demandé de bloquer les comptes d’extrême droite, mais de les ignorer. Le blocage signale en effet aux algorithmes des réseaux sociaux que l’utilisateur n’a pas vu le contenu, ce qui ne produirait pas nécessairement l’effet recherché. Le fait d’ignorer une publication renvoie un autre indicateur à ces fameux algorithmes : cela signifie que le contenu n’a pas plu.
Le blocage comme mesure d’hygiène numérique face aux fake news propagées par l’extrême droite
Pour le militant proche de LFI Aurélien Moutte, « le blocage massif de l’extrême droite, en réalité c’est pas pour nous [militants de gauche] ». Faire en sorte que tous les contenus publiés par les militants d’extrême droite soient recontextualisés, débunkés, permettrait à tous les autres d’être systématiquement exposés à un contre-argumentaire.
D’autres internautes voient un autre intérêt à se joindre au mouvement On bloque l’extrême droite. Il s’agit là d’hygiène de vie, de santé mentale. Ne plus être exposé, ou du moins être moins exposé à des contenus d’extrême droite serait aussi une manière de vivre plus sereinement. Une sorte d’hygiène numérique face à des idées néfastes pour se sentir mieux.




