La Simulation

« La Simulation » de Loïc Hecht : notre univers est-il réel ?

Vivons-nous dans une simulation ? Voilà la question à laquelle ne répond pas le livre-enquête La Simulation du journaliste Loïc Hecht. Et c’est tant mieux, car il y a bien plus à explorer que cette « simple » question, au-delà du sensationnalisme autour des milliardaires qui paient des chercheurs.

Le résumé de La Simulation

« Cette enquête hors norme démarre par trois lignes lues dans le New Yorker en 2016. Loïc Hecht apprend que deux milliardaires de la Silicon Valley ont secrètement embauché une équipe de scientifiques pour prouver que nous vivons dans une simulation informatique. Ils espèrent trouver la preuve irréfutable que nous sommes piégés dans un immense jeu vidéo, sans avoir conscience de notre état.

Loïc Hecht se rend à San Francisco, à la rencontre de ces chercheurs qui défient l’entendement: physiciens de la NASA, du MIT, de Berkeley. Ils croient dur comme fer à la théorie de la simulation, persuadés que notre conscience ne serait qu’un algorithme mathématique, une suite de 1 et de 0.

Son enquête le mène, de surprise en surprise, jusqu’aux monastères tibétains de Dharamsala, en passant par les programmes secrets de la CIA. Ce livre est le récit d’un basculement intime et une traversée des mystères de notre époque ceux de la physique quantique, des neurosciences, de l’IA… et de la conscience. »

Pas de sensationnalisme, mais une enquête très poussée

Lorsque j’ai entendu parler de La Simulation pour la première fois, j’ai été enchanté. Je me suis immédiatement dit que cette lecture me plairait. Je me voyais déjà me complaindre dans une critique de ces milliardaires américains un peu fous qui cherchent les secrets de la vie à coups de millions de dollars dépensés en recherche. Je me voyais déjà lire les théories farfelues de chercheurs pas très sérieux qui jouaient dans leur coin, révélées au grand jour. Et l’accroche part de là, d’une information publiée dans The New Yorker en 2016, selon laquelle deux milliardaires de la Silicon Valley auraient financé des scientifiques afin de rechercher une preuve de la simulation, façon Black Mirror. J’ai eu tout faux, et c’est tant mieux.

La Simulation est en fait un ouvrage très documenté, et plutôt accessible (il faut s’accrocher tout de même) qui se trouve à la croisée de plein de disciplines : sciences, philosophie, intelligence artificielle et même quelques récits d’enquête et de voyage. Loïc Hecht a choisi de parler à la première personne du singulier, un « je » qui nous raconte ses galères d’enquête, mais aussi les déblocages qu’il a connus. Loïc Hecht y confesse aussi ses doutes : « Tout ça me bouleverse. La découverte, dans ce papier du New Yorker, de l’existence de scientifiques cherchant à prouver qu’on évolue dans une simulation ou cette traque acharnée de Rizwan pour m’entendre dire que je devrais contacter ce Tom Campbell avaient-elles été des nudges ? Est-il possible que j’aie moi-même été scripté pour écrire un livre qui permettrait à un plus grand public de toucher à cette vision recomposée de la réalité ? » Notre cher journaliste ne se serait-il pas perdu dans les fortes personnalités convaincues que nous vivons bel et bien dans une simulation ? J’ai ressenti un manque de contradictoire, d’équilibre, avec l’intervention d’experts qui pensent le contraire, et c’est bien dommage.

Mais où s’arrête la science autour de La Simulation ?

Le sujet de ladite simulation est tellement complexe et fait appel à tellement d’aspects scientifiques, philosophies et même religieux, qu’on se demande parfois où s’arrête la science et où commencent les affabulations. Loïc Hecht le dit lui-même : « Les événements racontés dans ce livre ont été vérifiés dans les limites du possible. En tout cas, celles de cette dimension. Toutefois, un certain nombre d’épisodes semblent faire appel à des niveaux de réalité où l’exercice traditionnel du fact checking est rendu inhabituellement compliqué, pour ne pas dire impossible. Chacun, dès lors, y verra ce qu’il est tenté d’y voir. » Alors Loïc Hecht part à la rencontre de physiciens, d’astrophysiciens, de chercheurs en intelligence artificielle, d’ingénieurs et de personnes qui défendent des conceptions non matérialistes de la conscience. La lecture est contre toute attente assez accessible, l’auteur explique bien les concepts et prend le temps (ou plutôt les lignes) pour le faire. Y compris lorsqu’on parle mécanique quantique ou neurosciences. Néanmoins, force est de constater qu’il faut s’accrocher durant la lecture pour ne pas se perdre dans de très longues théories, surtout au milieu du livre.

Il y a tout d’abord l’obstacle de la conscience : « Mais peut-être la conscience ne se limite-t-elle pas à notre modèle biologique. Peut-être est-elle capable d’émerger ailleurs, autrement, avec d’autres logiques de cohérence, d’autres types de relations au monde. » Une dimension du sujet abordée dès le début, mais qui est fondamentale pour comprendre la suite. Pour ensuite partir sur les glitches, ces potentielles erreurs de cette potentielle simulation : « le glitch, c’est l’imperfection dans un réel censé être parfait. » Pour trouver quelque chose, il faut mesurer la réalité, et c’est bien plus facile à dire qu’à faire, évidemment. « Tant qu’on ne la mesurait pas, la réalité demeurait donc dans un état indéfini et flou, ouverte à toutes les possibilités. Le réel, en fait, était tel un livre dont les pages contenaient tous les caractères du monde, toutes les combinaisons de mots, toutes les histoires possibles mais dont rien n’était écrit à l’avance. C’était l’acte d’ouvrir le livre qui faisait apparaître un texte, et un seul, parmi tous ceux possibles. »

Et si La Simulation est si prenant, c’est qu’il aborde un sujet qui est sans doute le plus profond de tous : celui de notre condition, celle d’humains (ou d’animaux), avec une âme, une conscience, qui sont finies. Et c’est là que le livre touche à notre apparition, mais aussi à notre disparition, et qu’il atteint une thématique presque religieuse. La religion est d’ailleurs présente partout : « Le dalaï-lama martèle : vous pouvez consacrer votre vie à vos petits kifs, vos petits restos, vos Netflix and chill, mais si vous n’avez pas travaillé sur votre esprit tout au long de votre vie, vous serez en panique au moment de mourir, et ce qui vous attendra dans l’entre-deux-mondes sera à la mesure de votre confusion ».

Et si vous souhaitez en savoir plus sur Loïc Hecht et son enquête La Simulation, il existe énormément d’émissions et de podcasts dans lequel le journaliste est intervenu. Mais s’il ne fallait n’en retenir qu’une, ce serait sans doute celle de Stonks, l’émission d’Arthur Perticoz, disponible en rediffusion sur YouTube.

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