On parle beaucoup de la hausse du prix de la RAM et plus généralement des composants électroniques, y compris ceux des smartphones. Alors que l’industrie se prépare à augmenter ses tarifs, qu’en est-il des smartphones reconditionnés ? On a posé la question aux principaux concernés, les reconditionneurs et vendeurs de reconditionné français.
Des composants de plus en plus chers
Tout le monde le sait, l’intelligence artificielle générative bouscule le marché des nouvelles technologies. Pour faire fonctionner ces ChatGPT, Gemini et autres Claude, il faut des serveurs, beaucoup de serveurs, puissants au possible. La demande en composants est tellement forte que les composants mémoire des smartphones sont impactés : en clair, les usines remplissent leurs carnets de commandes pour des serveurs d’IA et moins pour des téléphones portables. Plusieurs composants sont concernés : la RAM (mémoire vive), la mémoire flash (le stockage) ou encore les SoC dotés d’un NPU.
Ainsi, l’International Data Corporation, société d’analyse technologique, a indiqué dans un rapport de février 2026 que le prix de vente moyen des smartphones augmenterait de 14% cette année. Pire encore : certains fabricants ne seraient plus en mesure de produire des téléphones portables à moins de 100 dollars, faute de rentabilité. Pour le vice-président en charge des appareils clients à l’échelle mondiale chez IDC, nous assistons à « un véritable tsunami qui prend naissance dans la chaîne d’approvisionnement en mémoire et dont les répercussions se propagent à l’ensemble du secteur de l’électronique grand public ». CNBC notait en décembre dernier que pour les smartphones à moins de 200 dollars, le coût des composants avait augmenté de 20 à 30% depuis le début de l’année 2025 ; c’était 10 à 15% pour les modèles milieu et haut de gamme.

Les expéditions de smartphones pourraient reculer de 12,9% par rapport à 2025 et la tendance devrait se poursuivre dans les années qui suivent. Selon IDC, Apple et Samsung seraient les mieux protégés face à cette crise, leurs carnets de commandes sont énormes et ils peuvent faire pression sur leurs sous-traitants. Les deux fabricants pourraient même grapiller quelques parts de marché dans cette histoire. C’est ce qui est arrivé à Apple au premier trimestre 2026 selon un rapport de Counterpoint Research : la marque à la pomme possède 21% des parts (+5% par rapport à l’année dernière). Samsung peine à tirer son épingle du jeu, avec une baisse de 6% de ses expéditions, « en raison du lancement retardé du Galaxy S26 et de la faiblesse du segment d’entrée de gamme », précise le cabinet d’analyse.
Les vendeurs de reconditionnés voient quand même de beaux jours devant eux
Pour Reborn, dans un communiqué de presse du 6 mai dernier, « L’écart de prix avec le neuf, déjà compris entre 30 % et 70 %, devrait mécaniquement se creuser sur 2026, renforçant l’attractivité du segment. » Ils ajoutent que « L’écart de prix croissant entre neuf et reconditionné, combiné à la maturité opérationnelle des acteurs du secteur et à un cadre réglementaire favorable, pourrait accélérer significativement la pénétration du reconditionné sur le marché français en 2026. REBORN anticipe une dynamique renforcée sur l’ensemble de ses catégories (smartphones, tablettes et PC) avec un intérêt croissant des distributeurs traditionnels et des acteurs B2B. » Avec 1 téléphone sur 5 vendu en France en reconditionné, « ça a du sens de se dire que le reconditionné a de belles années devant lui », nous explique Clément Bongibault, PDG d’e-Recycle, qui s’attend à une demande croissante. De beaux jours, à condition de bien gérer les affaires.

Pour Largo, « le choix du reconditionné demeure la solution pour protéger les consommateurs de la flambée des prix des appareils neufs. » Ils ajoutent que « là où les constructeurs sont dépendants de fournisseurs mondiaux et de la variation des prix des composants, le reconditionné n’est pas impacté et reste souverain. Cet avantage permet à Largo de maintenir des tarifs compétitifs. » e-Recycle note tout de même qu’une difficulté pourrait apparaître au niveau des pièces détachées, dont le prix va augmenter. Il va falloir réutiliser des pièces détachées, encore plus qu’aujourd’hui, dans un objectif écologique, mais aussi pour contenir les prix de vente. Et il n’y a pas que la mémoire vive ou le stockage qui sont impactés : les batteries et autres écrans sont aussi concernés.
Vers des smartphones reconditionnés plus chers et moins nombreux ?
Si les vendeurs de téléphones reconditionnés semblent satisfaits, cela ne veut pour autant pas dire que les consommateurs le seront. Quand le neuf augmente, le reconditionné suit souvent, mais avec un décalage : c’est dans l’intérêt de ces vendeurs de se caler sur les prix des modèles neufs. Si ces derniers augmentent, probablement que les consommateurs seront encore plus nombreux à se tourner vers des smartphones reconditionnés. On s’attend à ce que la demande augmente et indéniablement, à ce que les prix soient tirés vers le haut. Pas d’explosion des tarifs à venir, mais une augmentation des prix, avec des smartphones de plus en plus durables grâce à des mises à jour ou à la disponibilité des pièces détachées. D’un autre côté, avec moins de smartphones neufs vendus, le marché du reconditionné aura plus de mal à trouver des modèles à rénover, avec quelques années de décalage. Aujourd’hui, Save, acteur principalement axé sur la réparation, a six mois de stocks et si le marché s’accélère, cette réserve pourrait ne représenter que trois ou quatre mois de ventes. Mais pas d’inquiétude à avoir selon son PDG Rodolphe Surdez. Même son de cloche pour Recommerce, qui dit se fournir auprès des opérateurs qui reprennent les anciens smartphones de leurs clients.

Certains reconditionneurs qui ne jurent que par des modèles européens pourraient être tentés de s’approvisionner en Chine, au Japon ou aux États-Unis. On y trouve des smartphones beaucoup moins chers et c’est une pratique à laquelle recourent beaucoup d’acteurs. Une pratique qui peut aussi être utile pour s’approvisionner sur des modèles précis (quantité de RAM, coloris, capacité de stockage). Mais du côté d’e-Recycle, de Save ou de Recommerce, on nous assure que ce n’est pas dans les plans.
C’est ce que semblent confirmer, parfois à demi-mot, les acteurs du reconditionné en France. À force, ils n’auront plus le choix que de répercuter le prix d’achat des smartphones sur de vente de ces mêmes smartphones reconditionnés. Le tout dans un contexte vendre des smartphones reconditionnés ne permet pas de dégager de grandes marges. Heureusement pour ce marché, il y a des circonstances atténuantes : une augmentation du neuf plus prononcées sur l’entrée de gamme (qu’on ne trouve quasiment pas sur le marché du reconditionné) et des aides comme QualiRépar pour subventionner la réparation de téléphones. Il est donc probable que d’ici un à deux ans, les prix du reconditionné augmentent, le marché étant décalé. Même si les vendeurs de reconditionné mentionnent l’argument de l’écologie, les consommateurs se tournent vers cette solution avant tout pour le prix, moins élevé que le neuf. De combien augmentera l’ardoise ? Difficile à dire. En attendant, le secteur a une ou deux belles années garanties à vivre et même trois selon Save.
Image à la une dessinée par Elona Dalbigot




