Sur un serveur Minecraft, Fuze III dirige un empire. Dans la réalité, Julien Guichon de son vrai nom, dirige un autre type d’empire, entrepreneurial. Il est à la tête de plusieurs sociétés relatives à YouTube et aux jeux vidéo, ses domaines d’activité qui l’ont fait connaître. Petit tour d’horizon de l’empire Fuze III.
Plus de 3 millions d’abonnés sur sa chaîne principale dédiée aux vidéos de divertissement, 680 000 sur sa chaîne dédiée aux jeux vidéo et 535 000 sur sa chaîne dédiée à l’entrepreneuriat et à YouTube : Fuze III, c’est déjà un bel écosystème de chaînes YouTube, avec des millions de vues chaque mois. Le youtubeur se veut très transparent vis-à-vis de sa communauté et n’hésite pas à raconter les choses qui se passent bien comme les choses qui ne se passent pas bien. Il donne très régulièrement des chiffres et livre des anecdotes sur sa chaîne Fuzay². Une particularité pour un influenceur, mais qui est commune à un influenceur tout autre : Lucien Cupif, alias La Boiserie. Et comme La Boiserie, Julien Guichon, alias Fuze III a beaucoup de business à côté, en rapport avec son activité d’influenceur ou non. Dans son ordinateur, il n’y a pas que le jeu Minecraft et des rushs vidéo ; on y trouve aussi plein de projets très concrets. Contacté par Rotek, Fuze n’a pas donné réponse à nos messages.
Fuze III, Fiouze et Fuzay² : les chaînes YouTube de Julien Guichon qui génèrent du cash
Fuze III est avant tout l’un des youtubeurs Minecraft francophones les plus connus et les plus populaires, arrivé en 2012 sur YouTube, alors qu’il n’avait que 13 ans. Ce n’est pas le premier en termes d’abonnés ou de vues : sa croissance a toujours été lente, mais continue. Un petit coup de pouce de l’algorithme de recommandation de YouTube début 2015 l’aide à lancer sa carrière. Durant ses premières années d’activité, il travaille très dur, comprenant qu’il peut en faire son métier : une vidéo par jour, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige. Le tout en parallèle de ses études en DUT informatique en région parisienne. Au bout de quelques mois, il arrive à générer plus de 30 000 euros par mois et chaque vidéo atteint le million de vues. Au fil des ans, le rythme de publication se calme, mais Julien Guichon est parvenu « à faire son trou » dans le YouTube Minecraft francophone, notamment grâce au montage de ses vidéos plus travaillé et plus rythmé (avec des coupures, des ellipses, des éléments visuels) que les autres ne soignaient pas autant à l’époque.

Sa chaîne Fuze III s’est tournée il y a quelques années vers les vidéos « IRL », à savoir du divertissement essentiellement. Il y a développé ses propres concepts : jouer à chat, mélanger des aliments pour créer des mixtures, etc. Ses vidéos « gaming », notamment sur Minecraft, se sont déplacées sur Fiouze. Reste des thématiques qui l’intéressent tout particulièrement : YouTube, l’influence et l’entrepreneuriat, qu’il raconte ou décortique sur Fuzay², qu’il utilisait auparavant en chaîne YouTube secondaire à Fuze III. Ses vidéos sont monétisées sur ses trois chaînes via le programme AdSense de YouTube (les publicités affichées avant ou pendant ses vidéos) et via des collaborations commerciales avec des marques. Un modèle économique à 50/50 qui est le principal moteur financier de l’empire de Julien Guichon, régi par une EURL, et qui dégage de la marge.
Derrière ces chaînes YouTube, on trouve aussi plusieurs monteurs vidéo ainsi que des salariés qui gèrent la production. Le chiffre d’affaires flucture, mais en 2024, les trois chaînes YouTube ont permis de générer près de 950 000 euros, pour un résultat net de plus de 230 000 euros (sous l’EURL Fuze III, qui comprend aussi le serveur Paladium). Mais Julien Guichon n’a pas que ces trois chaînes YouTube, loin de là : l’écosystème Fuze III se révèle bien plus grand.
BlockMedia, Sandblock Studios, Recube, Creator Lab : Fuze III a créé un vrai écosystème de sociétés autour de ses chaînes YouTube
Autour de ses chaînes YouTube, Julien Guichon a mis sur pieds en quelques années plusieurs autres projets. À chaque besoin arrivé sur la table, l’entrepreur-influenceur de 27 ans a créé une entreprise au lieu de gérer ce besoin en interne. De quoi proposer ses services à d’autres créateurs, ou même à des marques.
Paladium, de la chute à la fusion avec un autre serveur Minecraft
Afin d’avoir un support pour ses vidéos, Fuze III a créé en 2015 Paladium, un serveur Minecraft moddé. Il s’agit d’un espace sur le jeu auquel tout le monde peut se connecter, avec des règles. Ici, le but est de créer sa faction et de terrasser ses adversaires, en essayant de rentrer dans leurs bases pour piller leurs équipements. Il s’agit d’un serveur moddé, en ce sens qu’il y a des mécaniques et objets supplémentaires par rapport au jeu original. Petit à petit, Paladium s’est entouré de joueurs bénévoles pour constituer une vraie équipe de développement et de modération. Des fonctionnalités ont été ajoutées, le gameplay a été amélioré. Pour financer tout ça, Fuze III a mis en place des micro-transactions, avec à la clé des avantages dans le jeu. À l’époque, les membres du « staff » pouvaient être payés en fonction des revenus générés par le serveur. Une époque révolue, à cause de soucis avec certains de ces membres. Tenir un serveur Minecraft professionnel est extrêmement complexe : de grands noms comme FunCraft ou Epicube ont fini par fermer au fil des années.
Plus tard, Paladium est devenu une véritable TPE, avec des développeurs à temps plein et des bureaux. Une TPE qui s’est même dotée d’un datacenter à Rennes pour faire fonctionner Paladium. Mais à cause de charges trop lourdes (serveurs, salaires, etc.) et de problèmes de gestion, le serveur n’a jamais été véritablement rentable. Une situation qui ne pouvait pas continuer, et pourtant Julien Guichon a trouvé la solution parfaite : fusionner avec l’un de ses plus gros concurrents. L’entrepreneur avait déjà hésité à revendre son serveur par le passé, mais n’avait jamais franchi le pas.
Recube, le résultat de la fusion entre Paladium et NationsGlory
Un autre serveur Minecraft moddé très populaire dans les communautés francophone se nomme NationsGlory. Sur ce serveur, le principe est à peu près le même que sur Paladium, à la différence qu’on y incarne des citoyens de pays sur une carte représentant la Terre. Un concurrent que Fuze III connaît bien, puisqu’il publie des vidéos de ses aventures sur NationsGlory depuis plusieurs années.
Jusqu’à il y a quelques mois, NationsGlory était géré par Romain Darbas, alias iBalix, bien mieux que Paladium comme le reconnaît son homologue Fuze III. Ce dernier a présenté un projet à Romain Darbas : fusionner les deux serveurs, « faire 50/50 ». Avec derrière la tête l’idée de mutualiser les coûts de développement, d’hébergement, mais aussi de mutualiser les compétences entre les travailleurs des deux serveurs et d’avoir un management plus rigoureux. C’est également avantageux pour Julien Guichon, puisqu’il publie déjà des vidéos utilisant NationsGlory comme support : c’est même l’une de ses séries les plus populaires. Aujourd’hui, les concurrents d’hier continuent leur chemin, main dans la main, et ne font plus qu’un.
BlockMedia, l’agence d’influence qui monte
C’est en 2022 que Julien Guichon a cofondé BlockMedia avec Hugo Petit, un ami rencontré sur Minecraft (qui a d’ailleurs travaillé sur Paladium). Ce dernier avait poursuivi ses études, puis avait fait ses armes à Webedia en tentant de trouver des annonceurs pour sponsoriser des influenceurs. Parti avec son carnet d’adresses, il a créé BlockMedia pour aider son ami à trouver des collaborations commerciales pour mieux monétiser ses vidéos. Pour Fuze III, c’était à l’époque une frustration. En quelques mois, la stratégie a fonctionné : le chef d’entreprise explique que ces fameuses collaborations commerciales sont passées de 10 à 50% de son chiffre d’affaires. Au sein du capital, on trouve aussi Nicolas Mazurier-Blandin, alias Aywen, l’acolyte de Fuze III dans ses vidéos, qui lui aussi est influenceur.
Les succès de Hugo Petit ont amené son ami à lui laisser la majorité des parts de BlockMedia. Un acte qui permet aussi de motiver son cofondateur à se donner corps et âme dans cette nouvelle agence. Aujourd’hui, BlockMedia gère plusieurs influenceurs, notamment spécialisés dans Minecraft ou dans les jeux vidéo et leur défi est de trouver de nouveaux créateurs. Grâce à la réputation de Fuze III dans ce « monde de l’influence », BlockMedia continue de faire son trou, avec son cofondateur qui fait aussi office d’ambassadeur. En 2024, elle générait déjà 77 000 euros de bénéfices.
SandBlock Studios, pour créer des maps et des jeux sur Minecraft et Roblox
Pour créer ses vidéos, Fuze III avait besoin de constructions dans Minecraft : des cartes à l’architecture spectaculaire ou des défis à concevoir pour qu’il puisse les relever dans le cadre d’une vidéo. Au lieu de seulement contacter des builders indépendants, Julien Guichon a décidé de cofonder SandBlock Studios. Une agence dont le rôle est de travailler avec des marques et des créateurs de contenu pour créer des jeux et des cartes sur Minecraft, mais également Roblox. Les membres de cette agence travaillent toujours pour Fuze III, mais vendent aussi des cartes sur la boutique officielle de Minecraft et tentent de monétiser des jeux sur Roblox.
SandBlock Studios a été cofondé avec un certain Timothé Buchert, ainsi que Hugo Petit, présent au capital. Jusqu’à maintenant, le studio a travaillé avec de grandes marques, comme Renault, la Fnac, le Crédit Agricole ou encore Xbox.
Creator Lab : aider les influenceurs à vendre du merchandising
Depuis plusieurs années, Fuze III possède le Fuze Shop, une boutique en ligne sur laquelle il vend son propre merchandising. On peut y acquérir des sweatshirts, des t-shirts, bref, tout ce qu’il y a de plus classique. Mais sa boutique s’est surtout faite connaître pour sa peluche Didier, une mascotte carrée faite d’obsidienne avec des yeux orange, personnage récurrent dans ses vidéos. Sont également à mentionner les tomes de bande dessinée avec la série Fuze et Didier qui compte les aventures de Fuze et de son compagnon d’obsidienne. Entre 2021 et 2024, ce sont pas moins de sept tomes qui ont été publiés aux éditions Soleil.
Avec tout ça, la boutique a pris en ampleur et Julien Guichon réfléchissait à engager un salarié pour gérer ce Fuze Shop. Il n’était cependant pas sûr qu’il y avait assez de travail pour une personne et s’il pouvait en rentabiliser le salaire. Il s’est alors associé pour créer Creator Lab ; ce n’est donc pas seulement un recrutement en interne, mais une nouvelle entreprise cofondée en 2025 avec Joshua Blanc ainsi que Verner Dutrieux. Creator Lab propose aujourd’hui ses services aux autres influenceurs qui souhaiteraient développer et vendre en ligne des produits à leur effigie. Une trentaine de créateurs collaborent avec Creator Lab, qui grossit de plus en plus.
Un entrepeneur qui sait gérer ses business
Julien Guichon dit ne jamais avoir été très dépensier, à cause d’une peur de manquer, venant peut-être de ses parents. Économiser était même devenu un jeu au début de son activité. Mais en quelques années, il a énormément diversifié ses sources de revenus, dont certaines ne reposent pas sur son image. Aujourd’hui, toutes ses sociétés sont soumises à l’impôt sur les sociétés et son basées en France, chose qu’il revendique.
Depuis qu’il est « passé à temps plein » sur YouTube, Fuze III est surtout devenu un chef d’entreprise, par choix : « ce qui m’amuse le plus, c’est la partie entrepreneuriat », déclare-t-il lorsqu’on lui demande s’il se définit davantage comme un créateur ou un entrepreneur. D’ailleurs, il ne fait plus vraiment d’opérationnel aujourd’hui. Il s’y est notamment mis en écoutant les conférences qu’Oussama Amar donnait à The Family et a même participé à son podcast Sans Permission en décembre 2023. Julien Guichon raconte avoir regardé toutes les vidéos qui existaient de lui : l’homme d’affaires sulfureux l’a influencé, avant les polémiques et autres affaires judiciaires.
Tout repose sur une holding, Fuzetrust, qui possède elle-même toutes ses entreprises, ou les parts qu’il possède dans ces entreprises. Un mécanisme qui lui permet d’utiliser les profits de ses entreprises pour les réinvestir dans d’autres sociétés (grâce au régime mère-fille), sans devoir passer par la case impôt sur le revenu. Un schéma très classique utilisé par de nombreux influenceurs-entrepreneurs, dont La Boiserie par exemple.
Les sociétés annexes de Fuze III
Bien qu’il paie des impôts en France, il utilise aussi des astuces pour éviter d’en payer trop. C’est sans doute la raison pour laquelle il s’est associé pour créer la société ORYOM23Z5, une société en nom collectif d’investissement en outre-mer. Cela lui permet de défiscaliser des investissements menés dans les outre-mers à un montant supérieur à l’investissement réalisé (grâce à la loi Girardin).
Le vidéaste possède aussi quelques parts dans l’Invader Bar, un bar à Montpellier sur la thématique du jeu vidéo, notamment cofondé avec Romain Darbas, le créateur de NationsGlory. Il a également investi dans l’or il y a quelques années, avec un peu d’actions de sociétés cotées en bourses, ou encore des cryptomonnaies.
Côté immobilier, Julien Guichon ne chôme pas non plus. Il possède une SCI avec sa compagne qui leur a permis d’acquérir leur logement principal. L’homme d’affaires possède une seconde SCI, baptisée Findium (en référence à un minerai créé sur son serveur Paladium), avec laquelle il a acheté plusieurs immeubles afin d’en louer les appartements. Il a pour projet d’investir de nouveau dans l’immobilier pour continuer à assurer ses finances.
La fusée Fuze III ne semble pas près de s’arrêter
Avec plusieurs dizaines de personnes qui travaillent à temps plein sur les différents projets de Fuze III, l’empire semble aller vers une expansion, à l’image de sa série EarthNG dans laquelle il incarne un empereur corse faisant main basse sur la Méditerranée. Progressivement, ses business se reposent de moins en moins sur sa notoriété, s’en émancipent, bien qu’ils aient été aidés par cette dernière. Le youtubeur a toujours une peur au fond de lui, celle que tout s’arrête demain. Ses stratégies d’investissement et d’entrepreneuriat lui ont permis d’y mettre fin.
Julien Guichon poursuit donc sa lancée et continue de raconter ses aventures entrepreneuriales sur sa chaîne YouTube Fuzay², faisant preuve d’une transparence rare chez les influenceurs. Il est loin d’être au niveau d’autres youtubeurs comme La Boiserie, Amixem ou même Squeezie, mais tend à s’en rapprocher. D’ailleurs, la « FuzeCorp » recrute dans plusieurs postes et au sein de plusieurs des entreprises de l’entrepreneur âgé de 27 ans seulement.




