[EDITO] Ce 16 janvier, on apprenait que la publicité allait arriver dans ChatGPT, tout d’abord aux États-Unis, pour les utilisateurs gratuits et les abonnés Go. OpenAI a probablement trouvé son modèle économique final : il est temps pour lui de rémunérer à juste valeur les médias et sites qu’il utilise pour générer ses réponses.
OpenAI va gagner de l’argent sur le tout le monde
Avec 800 millions d’utilisateurs actifs chaque semaine au compteur, ChatGPT est utilisé par (presque) tous les internautes. OpenAI a vu en quelques sa années sa valorisation exploser et avant que la bulle de l’intelligence artificielle n’éclate (si elle éclate un jour), OpenAI se doit de gagner de l’argent. Histoire de prouver que son chatbot peut continuer de tourner pour autant de monde. Pour cela, il y a d’abord eu les abonnements : ChatGPT Plus très rapidement, puis Pro et enfin Go, version low-cost des autres offres.

Ce n’est évidemment pas assez pour rentabiliser une telle machine. Alors il faut de la publicité et c’est tout à fait compréhensible : Google s’est construit dessus et nombre d’autres services en ligne aussi. Sauf qu’OpenAI va plus loin que les moteurs de recherche en utilisant les pages rédigées par des rédacteurs et des journalistes pour les recracher, à leur nez et à leur barbe. ChatGPT est même devenu un moteur de recherche à part entière. Il est temps qu’OpenAI passe (un peu) à la caisse.
Les médias doivent être rémunérés par les chatbots, comme ChatGPT
Les chatbots, peu importe qui ils sont, doivent impérativement rémunérer les médias dès qu’ils utilisent leur travail. C’est celui de journalistes qui créent de l’information tous les jours et dont les articles sont repris dès leur publication par tous ces chatbots. Des chatbots qui appartiennent à des entreprises privées, dont le but final est : gagner des sous. Les gouvernements du monde entier se doivent aujourd’hui d’adapter leur législation à ce nouveau modèle pour préserver la presse.
Sans elle, qui écrira des articles, si ce n’est des IA ? Et sans le travail des journalistes, comment ces chatbots obtiendront-ils de nouveaux contenus à utiliser, qui ne soient pas rédigés par ces mêmes chatbots ? Rémunérer la presse pourrait être dans l’intérêt même des entreprises d’IA : Google, OpenAI, Perplexity, xAI, etc. Un modèle qui existe déjà, du moins dans l’Union européenne.
Google rémunère déjà (un peu) les médias, malgré lui
Le cas de Google fournit déjà un modèle légal et économique que l’on pourrait appliquer à ChatGPT. En 2019, l’Union européenne a institué les droits voisins du droit d’auteur via la directive 2019/790. Ces droits permettent explicitement aux journaux, magazines et agences de presse d’être rémunérés lorsque leurs contenus sont réutilisés par les plateformes numériques. C’est ce que Google fait via son moteur de recherche : sans articles de presse, impossible de répondre aux requêtes des internautes. Même chose sur Google Discover ou Google Actualités : sans articles de presse, il n’y aurait rien d’affiché.

Google a longtemps résisté à cette obligation. Résultat : en mars 2024, l’Autorité de la concurrence française a infligé une amende de 250 millions d’euros à Google, le condamnant pour non-respect de ses engagements 2022 en matière de droits voisins. Ce qui montre aussi que cette loi est appliquée et applicable. Depuis, Google s’est conformé. En janvier 2025, Google et l’Alliance de la presse d’information générale (APIG) ont renouvelé leur accord sur les droits voisins, couvrant 295 titres de presse française. Même chose il y a quelques jours avec Qwant.
ChatGPT et compagnie ne vont pas avoir le choix
D’autant plus que certains chatbots s’y mettent timidement, à l’image de Perplexity. En juillet 2024, il a lancé son Publisher’s Program pour rémunérer et soutenir certains médias. En août dernier, il a été étendu avec un fonds de 42,5 millions de dollars : les éditeurs peuvent percevoir 80% des revenus des abonnements payants. Pourtant, Perplexity reste une start-up par rapport à un OpenAI ou à un Google. D’ailleurs, OpenAI a signé des accords avec certains groupes : Axel Springer, Associated Press, Le Monde, Vox Media, Financial Times, News Corp, etc. L’entreprise se cantonne aux grands groupes médiatiques et explique que son utilisation des contenus protégés relève du « fair use » américain. Ce qui ne fonctionne jamais et elle le sait très bien.

Espérons simplement que l’Union européenne et la France prennent le problème au sérieux pour faire appliquer la législation sur les droits voisins à toutes les plateformes : des moteurs de recherche aux réseaux sociaux en passant évidemment par les chatbots, comme ChatGPT.




