Bandersnatch : l’épisode interactif de Black Mirror, déstabilisant

Bandersnatch, le nouvel épisode de Black Mirror, la célèbre et pour moi la meilleure série Netflix est sorti ce 28 décembre, sous une forme très différente. Toujours pas de continuité, mais cette fois un épisode un peu plus long qui prend la forme d’un vrai film, interactif. En effet, le téléspectateur est invité à plusieurs reprises à faire des choix parmi deux propositions, ce qui va l’amener à des fins très différentes.

J’ai essayé de ne rien spoiler, mais faites attention tout de même !

Le synopsis de Bandersnatch

Le 9 juillet 1984, Stefan Butle, âgé de 19 ans, (le personnage principal) est un jeune programmeur de jeux vidéo qui travaille sur l’adaptation vidéoludique du roman Bandersnatch, écrit par un certain Jérôme F. Davies. Son but : révolutionner le genre des jeux vidéo d’aventure. Dans son jeu, le personnage doit traverser des couloirs en évitant une créature nommée Pax. Le joueur y est amené à faire des choix, ce qui donne plusieurs fins possibles au jeu. Bandersnatch va être produit par Tcukersoft, une société d’édition de jeux vidéo, qui travaille notamment avec Colin Ritman, l’idole de Stefan. Si vous souhaitez connaître la suite, trovuez un moyen de regarder cet épisode !

Des choix qui ont (tous) une importance

Dès le début du film, on nous expose le principe des choix. A certains moments (particulièrement importants), nous sommes amenés à faire un choix parmi deux propositions. Les deux premiers concernent le choix entre deux paquets de céréales que Stefan va manger au petit déjeuner. Ensuite, on peut choisir la musique qu’il va écouter dans le bus grâce à son walkman. Des choix qui peuvent paraître insignifiants mais qui ont tous une importance pour la suite et pour la fin de l’histoire. D’ailleurs, environ quatre heures seulement après la publication de l’épisode, un utilisateur de Reddit nommé alpine a publié une carte des choix et des fins différentes de Bandersnatch.

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Des références à la série Black Mirror

L’auteur de Bandersnatch, Charlie Brooker, a inséré dans cet épisode spécial des références à d’autres épisodes de la série Black Mirror. Par exemple, un des jeux développé par Colin Ritman s’appelle Metl Hedd. Sur la jaquette, on voit un petit robot dans un univers monochrome. Cela rappelle l’épisode 5 de la saison précédente, dans laquelle on découvre, en noir et blanc, trois pillards dans un univers post-apocalyptique trois pillards qui vont déclencher un robot-chien, qui va se lancer à leur poursuite.

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De plus, dans Bandersnatch, lorsque Stefan Butler se rend chez Tuckersoft, il rencontre Colin Ritman, qui développe le jeu Nohzdyve, dans lequel on contrôle un personnage qui tombe d’un immeuble et qui doit éviter les obstacles, pour faire le meilleur score. Cela rappelle l’épisode Nosedive, (saut de l’ange en français), le premier épisode de la troisième saison. Voici le synopsis de Wikipédia : « Dans une société régie par la cote personnelle, Lacie veut tout faire pour obtenir l’appartement de ses rêves. Quand son amie d’enfance au statut irréprochable lui demande d’être sa demoiselle d’honneur, Lacie voit l’opportunité d’améliorer sa note et réaliser ses rêves. ». Un épisode d’anticipation dont le scénario est en train de se dérouler, d’une certaine façon.

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Dernière référence évidente, celle du signe symbolisant un chemin avec deux branches, correspondant aux choix que l’on fait dans le jeu programmé par Stefan ainsi que celui du roman éponyme. On le retrouve également dans le deuxième épisode de la saison 3 nommé La Chasse. Une femme amnésique se réveille, elle voit ce signe, puis elle sort de chez elle, elle voit des personnes qui la regardent, et certains vont se mettre à la pourchasser…

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Bandersnatch brise le quatrième mur

Le quatrième mur, c’est celui qui sépare les personnage d’une oeuvre de son public. Le briser, c’est quand ces mêmes personnages s’adressent directement au public. Ici, le scénariste a fait le choix de le briser, d’une façon assez surprenante. Attention spoiler ! Tout d’abord, à un moment de l’histoire, Stefan devient fou et s’adresse à quelqu’un, une présence dont il sent qu’elle le contrôle. Apparaît ensuite un message qui viendrait de nous, essayant de lui expliquer ce qu’est Netflix. Il peut aller voir sa psychologue pour essayer de lui en parler. Elle ne comprend pas, il dit que c’est un divertissement alors que la vie de Stefan n’est pas très palpitante. Après un autre choix, On voit le plateau de tournage de Bandersnatch, dans lequel Fionn Whitehead, l’acteur principal, fait tout autre chose que ce qu’il devrait faire. En réalité, on veut nous faire comprendre que réaliser cet épisode n’a pas été simple, et que cela touche également personnellement ceux qui l’ont réalisé. On peut relier cela avec une autre fin, dans laquelle une femme essaie de faire un remake du jeu Bandersnatch, même si le créateur de l’original a été touché personnellement et a fait scandale.

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L’expérience Bandersnatch sort du cadre de Netflix

Autre particularité qui fait que cet épisode est vraiment complet, c’est que l’expérience que l’on en tire sort du cadre de Netflix, pour aller autre part. En effet, un vrai « faux » site Internet a été créé pour Tuckersoft, la société de production de jeux vidéo du film. D’ailleurs, les jeux qui y sont présents font référence à d’autres épisodes de Black Mirror, à vous de les retrouver ! Voici ce qu’on peut y lire :

« Tuckersoft était une société de développement de jeux vidéo qui a dominé le marché dans les années 80. L’entreprise était une vraie usine à succès, le fondateur faisant même référence à sa société comme étant « le Motown du jeu vidéo ». Colin Ritman (Metl Hedd) et Stefan Butler (Bandersnatch), superstars du milieu, étaient les figures de proue de la société. »

Si on clique sur « Jouer maintenant » sur la page du jeu bandersnatch, cela nous renvoie à l’épisode sur Netflix. Mais, cependant, on peut réellement jouer à Nohzdyve, le jeu de Colin. Attention, sur Google Chrome cela ne fonctionne pas. Le jeu se joue sur ZX Spectrum, il vous faudra donc télécharger un émulateur pour cela.

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Chose que l’on peut rajouter, c’est que le nom « Bandersnatch » se rapporte à une créature fictive que l’on retrouve un peu partout, notamment dans la littérature. Si l’on veut s’approcher du film de Netflix c’est également un jeu vidéo d’aventure, un projet de la société Imagine Software. La société a malheureusement fait faillite en automne 1984 (qui n’était pas avare en publicités, à l’instar de Tuckersoft), les dates correspondent ici aussi.

L’expérience déstabilisante de Bandersnatch

Mais alors, regarder Bandersnatch, ça donne quoi ? Les avis sont très mitigés, partagés. Tout d’abord, la fluidité dans les choix est assez bien faite, on a dix secondes pour se décider, pendant lesquelles le personnage reste fixe, avec suspense, comme on pourrait le voir dans bien d’autres films. Il n’y a pas de bons ou de mauvais choix, en réalité il n’y a que plusieurs fins. On se surprend à vouloir les connaître toutes, savoir ce que tel ou tel choix fait, etc. Une immersion encore plus forte puisqu’il n’y a pas de compteur de temps, on ne sait pas combien de temps cela va-t-il durer avant de devoir faire un nouveau choix. Connaître toutes les fins permet de savoir comment réagissent tous les personnages à telle ou telle situations, et cela donne donc plusieurs fins très différentes, attention cependant à ne pas s’embrouiller. Le choix est cependant donné de ne vouloir voir qu’une fin, ou plusieurs puisqu’à chaque fin on peut retourner en arrière.

Un seul conseil à retenir si vous souhaitez voir Bandersnatch : prenez au moins deux bonnes heures pour voir le film.

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Une mise en abîme à tous les niveaux sur le libre-arbitre et les réalités parallèles

Le roman Bandersnatch permet au lecteur de faire ses choix, tout comme le jeu vidéo que programme Stefan, tout comme le film qui raconte son histoire.

Le personnage se rend compte (dans certaines possibilités) qu’il est programmé et contrôlé par quelqu’un d’autre, il ne sait pas qui c’est. Dans une des branches suivantes, il se rend compte que c’est le téléspectateur.

Dans une autre branche, l’acteur ne fait pas ce qu’on lui demande, il est touché profondément par l’histoire, on le voit sur le plateau de tournage de Bandersnatch.

Colin Ritman dit à Stefan Butler que le gouvernement les contrôle, qu’il les drogue, etc. Dans plusieurs réalités/mises en abîme, il disparaît, de plusieurs manières. Il lui parle également du libre-arbitre des gens, il dit qu’il n’en ont pas.

Cela peut rappeler que le libre-arbitre des utilisateurs de Netflix est limité, tout d’abord par la sélection (évidemment) limitée des programmes, mais aussi par l’algorithme, qui propose des séries/films qui pourraient plaire aux utilisateurs de façon personnalisée, mais aussi les contenus « que tout le monde aime ».

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Conclusion

Alors, Bandersnatch, réussite ou coup de com’ ? Pour moi c’est un oui, un grand oui, même. Mais pas pour tout le monde. Si l’on veut pleinement profiter de l’expérience, il faut en avoir vraiment envie pour en être satisfait. Aussi, le concept de film interactif n’est pas novateur mais est réussi avec brio grâce à la fluidité dans les choix. De plus, l’histoire est convaincante, même si parfois elle va un peut trop loin et partout. Cependant, on sent que les scénaristes, bien que non-convaincus au début, se sont vraiment investis dedans, malgré la difficulté de l’exercice.

Pour le reste de la saison 5 de la série Black Mirror, il va encore falloir attendre. En effet, la création de Bandernsatch ayant pris beaucoup plus de temps (quatre heures au total de film), les autres épisodes ne sont pas encore prêts.

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