Deux écrous ratés sur cent. Voilà le chiffre qui devrait faire réfléchir n’importe quel ouvrier de chaîne de montage en 2026. Xiaomi vient de franchir un cap technique discret mais lourd de conséquences, et ce n’est pas une démo marketing filmée sous un éclairage flatteur : c’est une machine qui tourne, en vrai, dans une vraie usine.
CyberOne quitte le laboratoire pour l’atelier
Le robot humanoïde de Xiaomi affiche désormais un taux de réussite de 98 % pour le vissage des écrous autotaraudeurs sur les planchers de véhicules. Il n’en était qu’à 90,2 % à ses débuts. Quatre mois de réglages plus tard, la machine égale quasiment la précision d’un ouvrier humain, selon les données publiées par Les Numériques.

L’exercice n’a rien d’anodin. Le CyberOne doit s’aligner sur des pions de centrage, composer avec des cannelures internes variables et compenser des forces magnétiques parasites. Autant de paramètres qui rendent le geste bien plus complexe qu’un simple mouvement répétitif de bras articulé.
76 secondes qui changent la donne industrielle
Sur le site de production pékinois, environ 700 robots automatisés tiennent une cadence de 76 secondes par véhicule assemblé. Le CyberOne s’insère dans ce ballet minuté, entre deux interventions humaines, sans casser le rythme. C’est précisément cette intégration fluide dans un flux industriel réel qui distingue Xiaomi d’un simple exercice de communication.
Car soyons honnêtes : un robot capable de viser 98 % sur une tâche isolée en laboratoire, on en trouve depuis des années. Un robot qui tient ce score dans le vacarme et la contrainte temporelle d’une chaîne de production, c’est une autre affaire. Xiaomi ne vend pas un prototype, il documente une industrialisation en cours.
Les limites que Xiaomi ne cache pas
Tout n’est pas rose pour autant. Sur le tri des panneaux latéraux de console centrale et le pliage des caisses, le CyberOne plafonne à 90 % de réussite. La raison est simple : ces pièces souples changent de forme selon la manipulation, contrairement à un écrou toujours identique.

Cette nuance compte. Elle rappelle qu’un robot humanoïde excelle sur des gestes standardisés, mais reste balbutiant dès qu’il faut improviser face à une matière qui ne se comporte jamais deux fois pareil. Le prochain défi, coordonner plusieurs unités CyberOne entre elles, s’annonce encore plus ardu : un retard de quelques secondes sur un poste s’accumule sur toute la chaîne.
Le vrai sujet, c’est l’emploi, pas la technique
Lei Jun, patron de Xiaomi, a été limpide : certaines tâches humaines seront confiées aux robots d’ici cinq ans. Formule polie pour dire que les postes répétitifs en usine automobile sont en première ligne. Les syndicats, quand ils existent et peuvent s’exprimer librement, s’alarment déjà, et on les comprend.

Xiaomi n’est pas un cas isolé. Renault expérimente son robot Calvin à Douai. General Motors a déployé une cinquantaine de robots collaboratifs à Détroit, quelques mois après avoir licencié plus de 1 000 salariés. Aucun lien officiel n’a été établi entre les deux décisions, mais le calendrier laisse peu de place au hasard.
Ce qu’il faut vraiment retenir
Le CyberOne n’automatise pas encore une usine entière. Il rate une pièce sur dix sur les tâches les plus délicates et nécessite toujours une supervision humaine. Cependant, la bascule s’opère déjà sur les gestes simples et répétitifs, ceux qui occupaient historiquement le plus de main-d’œuvre en ligne de montage.
La vraie question n’est donc plus de savoir si les robots remplaceront les ouvriers, mais à quelle vitesse cette précision de 98 % se généralisera aux autres tâches. Xiaomi vient de prouver que le mur technique n’est plus infranchissable. Il ne reste qu’à observer si l’humain suivra, ou s’il devra simplement se pousser.
Questions fréquentes
Xiaomi annonce 98 % de réussite pour le vissage d’écrous autotaraudeurs sur une chaîne de production réelle. Ce score était de 90,2 % au début du projet.
Il plafonne à environ 90 % sur des opérations impliquant des pièces souples, comme le tri de panneaux et le pliage de caisses. Ces éléments changent de forme selon la manipulation.
Parce qu’une chaîne impose bruit, contraintes de temps et variabilité des pièces, ce qui complique la répétabilité du geste. Tenir ce niveau hors laboratoire indique une industrialisation crédible.
Ils peuvent d’abord remplacer des tâches simples et répétitives, mais nécessitent encore supervision et n’excellent pas sur les gestes non standardisés. L’ampleur dépendra de la vitesse d’amélioration sur les tâches complexes.
La cadence mentionnée est d’environ 76 secondes par véhicule. Le CyberOne s’intègre à ce flux sans casser le rythme.




